FORMIDABLE DESTIN !


Mon amie "Albertine" - Pointe de l'Amélie à Soulac-sur-mer

Mon amie « Albertine » – Pointe de l’Amélie à Soulac-sur-mer

MA TROMBINE, ISLE SAINT GEORGES - mars 2014 - photo prise par mon amie

MA TROMBINE, ISLE SAINT GEORGES – mars 2014 – photo prise par mon amie

TOURNAGE SUR LA DUNE DU PYLA - BASSIN D'ARCACHON - mars 2014

TOURNAGE SUR LA DUNE DU PYLA – BASSIN D’ARCACHON – mars 2014

 

 

 

 

 

 

 

Nota : Albertine est le pseudonyme que j’ai choisi pour préserver l’anonymat de mon amie – je respecte ainsi son désir. Albertine est le prénom de sa grand-mère et également celui de ma mère. Il me tenait donc à coeur de l’utiliser.

 

Mercredi 12 mars 2014

Fin de journée. Je quitte l’Isle Saint-Georges pour me rendre à l’aéroport de Mérignac. Complètement perdue dans le fil de mes pensées et de mes émotions, je réalise que j’ai conduit en état de conscience modifiée et m’étonne d’être déjà arrivée. Je laisse donc mes remémorations de la Martinique pour réintégrer le temps présent.

Je sors le téléphone de mon sac à main. Tiens ! Déjà 2 sms. Le premier annonce : « Mon checking è ok. Attends dpart ds 1h. A tte bs – Alb ». Puis, je lis le deuxième : « Venons d’atterrir. A ». Comme je ne capte pas à partir de mon domicile, je prends connaissance des textos simultanément alors que des heures les séparent l’un de l’autre.

Quel événement ! Dans quelques instants, je vais retrouver Albertine*, amie martiniquaise que je n’ai pas revue depuis 32 ans ! Distorsion du temps sur toute la ligne !

Notre dernière embrassade remonte à l’année 1982… C’est dire ! A l’époque, baccalauréat en poche, je quitte, contrainte, la Martinique pour suivre mes parents en Métropole. Je me souviens avoir vécu ce départ comme une déchirure, une commotion psychologique qui durera d’ailleurs quelques années. J’aimais ma vie sous les tropiques. J’y avais des copains et menais un style de vie insouciant qui collait parfaitement à ma personnalité : soleil, plage et chasse sous-marine dans la baie de Sainte-Anne rythmaient mes week-ends et mes vacances. Je ne désirais rien de plus : le paradis était là. Je m’étais enracinée dans cette culture créole renouant avec des atavismes familiaux (mon grand-père paternel était réunionnais, natif de Trois-Bassins).

Flashback – Albertine et moi-même nous rencontrons pour la première fois lors de notre entrée au lycée Bellevue de Fort-de-France. Nous ne suivons pas la même filière : elle est en section « S » (médico-social) ; je suis en section « A » (voie littéraire). Cependant, volonté déjà affirmée du destin, en tant qu’internes, nous partageons le même box (chambre à 4 lits). Il en sera de même les années suivantes alors que les autres camarades se succéderont.

Albertine devient bien vite une confidente, une amie, une grande soeur. C’est elle qui, principalement, m’apprend à comprendre et à parler le créole. C’est vers elle que je me tourne souvent : j’aime son côté jovial et spontané, son enthousiasme, son rire sonore, sa voix chaude et grave, son accent ensoleillé et la belle foi en Dieu qui l’habite. Avec elle, il est possible de parler de tout sans crainte d’être jugé. Grâce à sa présence, mon intégration se fait tout en douceur.

De retour en métropole, les années passent dans le silence et l’absence de notre amitié. Je n’oublie pourtant pas Albertine mais mes recherches pour la retrouver restent vaines. Et puis, voilà presque 4 ans maintenant, Albertine me retrouve grâce aux recherches menées par sa nièce sur Internet. C’est le bonheur absolu !  Elle m’apprend qu’elle habite en Savoie depuis une trentaine d’années et qu’elle travaille sur Genève. Tandis que nous échangeons sur nos vies respectives, je tombe des nues lorsqu’elle me confie avoir une mamie qui habite le Verdon sur mer ! Dans le Médoc ! Incroyable si l’on considère les 549 000 km2 de superficie de la France et les 66 millions d’habitants qui la peuplent ! Elle a passé, me dit-elle, quelques vacances d’été à accompagner ses cousines… « Oh ! Mais c’est dingue, ça ! » m’exclamé-je médusée. « Tu te rends compte que nous nous sommes peut-être croisées sans y prêter attention ?!!! » ajouté-je ébaubie.

Et puis, un jour de février 2014, Albertine m’annonce : « Coco, je prends l’avion et je viens te voir à la mi-mars ». « Génial ! » m’esclaffé-je avant d’ajouter « mais tu sais, je bosse, je ne pourrai pas être très disponible ». « C’est pas grave Coco ! Tu sais, je suis très autonome ». Albertine est, effectivement, une grande baroudeuse. « Le mieux sera que tu loues une voiture pour profiter des beautés de la région » lui dis-je. Elle acquiesce.

Retour à l’aéroport de Mérignac en ce 12 mars 2014. Il est 20H50. Je me tiens sur le parking de l’arrêt minute. La nuit s’est déjà déployée sur la totalité du ciel girondin. Téléphone en main, j’appelle Albertine : « tu es où mon Albertine ? » « Je suis dehors, du côté des bus » me répond-elle. « Ok, j’avance, je tourne sur moi-même et je lève le bras. Me vois-tu ? » « Oui, Coco ! Je te reconnais ! ».

Nous nous rejoignons puis tombons littéralement dans les bras l’une de l’autre. Quelle intense émotion !!! Eclipsées, balayées, délitées les 32 années de séparation ! Il me semble que nous nous sommes quittées hier. Mais quel rôle joue donc le temps, ce magicien qui régit pourtant la durée de notre existence sur terre ? Pourquoi tant de perceptions différentes dans cette approche « espace-temps » en fonction de ce que l’on vit ? Mystère. Le temps, assurément, n’est qu’une notion intellectuelle propre à tout un chacun. Rien de plus.

Nous arrivons chez moi. Et voilà mon Albertine qui déballe pléthore de cadeaux gourmands : des spécialités suisses, du salé, du sucré… Et un beau bracelet. Mon Dieu ! Mais tu as fait des folies Albertine ! ». Elle rit, elle est heureuse. Moi aussi. Mais le clou de la soirée, c’est ce vieux cahier de lycéenne qu’elle fait surgir de son sac : « regarde Coco ! ». Elle fait défiler les pages les unes après les autres ; collages artistiques et écrits s’enchaînent (une artiste mon Albertine !).  Puis, soudain, elle s’arrête à une page bien précise et me tend le cahier grand ouvert.  Je découvre avec bouleversement un poème que j’avais écrit daté du 17 décembre 1981 (j’avais tout juste 18 ans) ! Un beau poème qui faisait l’éloge de notre grande amitié. Puis, collé avec soin, sur la page de droite, un dessin que j’avais réalisé aux crayons de couleur. J’y avais tapé à la machine une phrase qui dit : « Dis, c’est quand que tu m’emmènes… ? ». Et en dessous, la réponse d’Albertine qui revient à peu près à ça : « lorsque nos chemins se croiseront à nouveau… ».

Le lendemain soir, nous allons fêter nos retrouvailles et son anniversaire dans le restaurant du village. Nous passons un délicieux moment ensemble à tout point de vue.

Le vendredi matin, voiture de location récupérée, Albertine s’en va à l’assaut du bassin d’Arcachon. Je lui ai établi la liste des endroits incontournables à visiter : entre autres, la dune du Pyla, le village de l’Herbe, le sentier du littoral… avec une remontée vers le Médoc par la route des lacs. Passionnée de photo, elle ne pourra que se réjouir de la lumière particulière propre à ces lieux.

Nous convenons de nous retrouver à Soulac le dimanche. Elle tient absolument à revoir ma petite maman et à saluer sa mamie qui se trouve au Verdon.

Le dimanche 16 mars, arrivée à Soulac dès potron-minet, j’attends le milieu de la matinée pour lui envoyer un texto : « suis à la maison de retraite avec ma petite maman. Tu es réveillée ? ». Elle m’appelle tout de go : « Ah ! Coco ! Donne-moi encore une petite heure pour me préparer et j’arrive ». Savoir que ma mère âgée et souffrant d’une mémoire défaillante va revoir Albertine me touche beaucoup. Je sais qu’elle appréciait énormément mon amie.

Ponctuelle, je vois mon Albertine qui débarque dans la chambre précédée par ma mère qu’elle a récupéré au passage au restaurant de l’Ehpad. Le cliché est autant rigolo qu’attendrissant : ma grande Albertine (1,80 m) et ma minuscule maman (1,50 m), toutes les deux dans l’entrebâillement de la porte. Une image pleine de charme que je n’oublierai jamais !

Avant toute chose, je fais deux propositions à Albertine. La première, c’est d’aller faire un tour à la Pointe de l’Amélie. La deuxième, c’est de rencontrer ma marraine Jacqueline, 81 ans ; une mamie super jeune d’esprit, originale, dynamique et hautement spirituelle que j’adore plus que tout. Je suis sûre qu’elles seront en symbiose. Mon intuition est bonne car le cours des événements me donnera raison sur toute la ligne.

Mais pour l’heure, voilà mon amie qui me raconte son escapade sur le Bassin d’Arcachon. « C’était bien me dit-elle mais, malheureusement, le soleil était absent ». « Mais tu es quand même allée à la dune du Pyla ? ». « Oh ! Oui Coco ! Figure-toi que je m’étais levée très tôt pour faire des photos du lever du soleil mais tout était couvert. Lors de l’ascension, j’ai repéré des grandes empreintes de pas dans lesquelles j’ai marché pour alléger l’effort. Arrivée presque au sommet, j’ai vu de larges traces ressemblant à une valise traînée ». « Ah bon ?! C’est bizarre ! Si tôt ? Et sur la dune du Pyla ?!! » lui rétorqué-je autant surprise qu’amusée. « Oui Coco ! Je t’assure ! C’est vrai ! Et puis j’ai continué à marcher et j’ai fini par voir une grosse malle !… Et là, Coco, tu ne devineras jamais ce que j’ai découvert !  J’ai découvert un… Viking ! ». En même temps qu’elle me raconte cela, elle rit à en perdre le souffle m’entraînant dans son histoire plutôt rocambolesque. « Dis-donc, Albertine, tu me dis « no sex, no drogue, no coffee ! »… mais tu n’aurais pas fumé la moquette par hasard ? » Nous rigolons de plus belle. « Non, non ! Figure-toi que c’était un tournage de film ! Je me suis permis de demander à l’un des gars qui était sur place où se trouvait le soleil, de quel côté il se levait (là, je suis encore plus bidonnée, pliée de rire comme pas possible !!!!) mais il n’a rien compris. Il ne parlait pas français ; il était australien. » Et mon Albertine de continuer : « ils m’ont demandé de les prendre en photo avec leur appareil. Alors, à mon tour, j’en ai profité pour leur voler quelques clichés ». Et effectivement, elle me montre les photos qu’elle a prises du tournage. Le Viking est bien là ! J’ai fait l’ascension de la dune du Pyla bien des fois mais je n’ai jamais vu un truc pareil ! Hallucinant !

Enfin, elle me raconte la recherche de sa mamie. Epique ! « Je suis allée au Verdon. Mais ça a beaucoup changé depuis ma dernière visite. J’ai dû demander à un monsieur s’il pouvait situer la maison que je n’arrivais pas à retrouver. Grâce à ses indications, j’ai fini par me retrouver chez mamie. Mais j’ai trouvé la porte close. Alors j’ai appelé l’une de mes cousines un peu inquiète. Et sais-tu ce qu’elle m’a appris ? Mamie est en maison de retraite depuis peu ! Et sais-tu où elle se trouve ? Dans la même maison de retraite que ta maman !!! » « Non ! Pas possible ! » m’étonné-je. Je lui propose de partir à la recherche de la chambre de sa mamie. Elle me rétorque :  » Ce serait bien que ta maman nous accompagne, comme ça, elles pourraient faire connaissance ».  Et là, nouvelle émotion ! Nous n’avons pas bien loin à aller… Nous découvrons bien vite qu’elles sont tout simplement voisines ! « Mais c’est trop fou tout ça ! » lui dis-je. Albertine retrouve donc sa mamie avec une tendresse et un bonheur amplement partagés. « Il faudrait que l’on trouve quelqu’un pour nous prendre toutes les quatre en photo » propose t-elle. Je m’avance donc dans le couloir avec l’idée de solliciter un membre du personnel quand je tombe nez-à-nez avec un couple venu voir « mamie ». Manifestement, l’homme autant que la femme semblent inquiets de voir autant de monde autour de la vieille dame. Mais ce sentiment s’estompe et les visages s’éclairent dès qu’Albertine prend la parole. Nouvelles retrouvailles ! On n’en finit plus ! Je propose de les laisser en famille et de nous retirer mais j’essuie à chaque fois un refus. « Non, vous pouvez rester, au contraire !  » m’affirme le monsieur visiblement très sociable. Je fais donc connaissance du cercle élargi de mon amie. Au final, nous finirons tous la soirée au restaurant – exception faite de nos petites mamies -. Puis, un peu tardivement, après le dîner,  Albertine et moi-même reprendrons la route pour l’Isle Saint-Georges, chacune respectivement dans notre voiture. Le lendemain matin, très tôt, j’irai l’accompagner jusqu’à l’aéroport – jusqu’à la porte de l’embarquement très précisément – pour un ultime au-revoir mais certainement pas pour un adieu !

« Incroyable destin ! » dis-je à Albertine. « Mais c’est Dieu qui organise tout très bien dès l’instant où tu t’en remets à lui » me répond-elle.

Quoi qu’il en soit, je te remercie du fond du coeur ma belle. J’ai vécu un immense et intense moment de bonheur. Tu es restée la fille lumineuse, intelligente, rigolote et généreuse que j’ai connue. Alors, à nous de continuer à écrire cette belle histoire. Et je te le dis également : Je t’aime ! J’irai te voir en Suisse, c’est promis ! Pour vivre de nouvelles aventures avec toi ! Laisse-moi juste un peu de temps.

 

 

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ASSOCIATION « ENFANCE-PASCALE » pour les enfants dans le besoin


Le 06/10/2013
Bientôt deux ans ma Pascalinette que tu es partie et bien des choses ont été faites qui doivent te ravir ! Tu étais un coeur pur et ton Association porte  cette qualité comme empreinte de ta mémoire. Continue de nous soutenir de là-haut car nous aurons toujours besoin de ton sourire et de ta présence.
L’ASSOCIATION « ENFANCE-PASCALE » AVANCE DANS SES ACTIONS EN 2013
zrticlle assoc

PASQUALE

ASSOCIATION « ENFANCE – PASCALE »

94, rue Bernardin de St Pierre

76600 LE HAVRE

http://enfance-pascale.over-blog.com

et pour plus de renseignements :

Email : mfdellaragione@free.fr

Il n’y a pas de petits ni de grands dons, il y a juste une conviction, un engagement moral et la volonté de rendre le monde meilleur pour les enfants. Merci d’aider l’Association de manière ponctuelle ou durable. Sachez, chers visiteurs, que nous avons besoin de toutes les bonnes volontés.

Janvier 2012. Le téléphone sonne. Je décroche. Une voix féminine que je ne connais pas me dit : « Bonjour, vous êtes bien Corinne GAYRAUD ? » « Oui » dis-je. « Je suis la soeur de Pascale, je vous appelle pour vous annoncer son décès ». Je n’en crois pas mes oreilles… Je ne peux pas avoir perdu une amie ! Une amie si jeune ! Je suis bouleversée. Ma Pascalinette luttait contre un cancer depuis presque quatre ans avec beaucoup de dignité.

Année 2003. Je suis super contente. Je viens d’apprendre que j’ai été sélectionnée pour suivre une formation de technicien du tourisme sur Carcassonne. Pour moi qui ai la bougeotte et rêve de changement, c’est une bonne aubaine. En plus, j’ai de la famille sur Toulouse. Ma cousine s’empresse de faire des recherches et me trouve un petit appartement à Aucamville, presque à deux pas de chez elle. J’y viendrai les week-ends.

CARCASSONNE. Premier jour. Voilà au moins 20 ans que je n’avais plus remis les pieds dans cette ville. Je suis excitée à l’idée de renouer avec la Cité de Carcassonne. Je devais avoir 19 ans lorsque je l’ai découverte ; j’avoue en être tombée sous le charme !

Premiers pas dans le centre de formation, direction l’Accueil. Je suis arrivée assez tôt. Pourtant, devant moi, dans le couloir, se tient déjà une fille qui demande quelques renseignements. Je ne la vois que de profil. Je la trouve plutôt jolie, brune, coiffée d’ une queue de cheval. Je l’écoute avec attention. Elle a une voix mélodieuse qui laisse échapper un accent d’une région que je ne sais pas définir. La voix est, pour moi, un instrument naturel  révélateur de la personnalité ; j’y suis très sensible. Je continue de l’observer. Je  trouve qu’elle est racée, qu’elle a du chien !  Je l’imagine sans doute responsable d’un service ou même chef d’entreprise… Cela parce qu’elle a vraiment de l’allure et qu’elle affiche une sacrée assurance. Je comprends que nous serons dans la même section. Je me permets de le lui dire. Elle m’apprend qu’elle vient du Havre. « Ce n’est pas la porte d’à côté » lui dis-je. Elle sourit. Elle est venue en train. Nous en restons là. Nous regagnons respectivement notre hébergement.

Je découvre que je vais loger dans une petite chambre minuscule. A peine entrée dans la pièce, je suffoque ! Trop petit  pour moi. Je vais mourir asphyxiée dans ce cagibi. Je m’approche alors de l’unique fenêtre et là, Ô splendeur ! Je découvre une vue imprenable sur la cité de Carcassonne. Finalement, le destin fait bien les choses.

Les jours suivants, nous apprenons à nous connaître les uns et les autres. J’aime déjà le groupe pour sa diversité culturelle. Il est, entre autres, composé d’un israélien, d’une russe, d’une algérienne, d’une burkinabé et d’autres personnes venues d’horizons différents.  Très vite, quelques petits groupes se forment en fonction des affinités. Pour ma part, je sympathise particulièrement avec deux filles : Valérie, quarteronne d’origine vietnamienne et Pascale d’origine franco-italienne. Nous nous entendons particulièrement bien et devenons inséparables durant notre formation de quelques mois. Valérie et Pascale semblent développer une véritable amitié. Elles sont pratiquement du même âge. Je me régale de leurs discussions. J’ai 8 ans de plus qu’elles et de ce fait, pose un regard un peu différent sur l’existence. Je vis une belle expérience sur le plan humain.

Au fil des mois, à mon tour, je tisse un lien privilégié avec Pascale. Elle m’invite souvent à venir manger des « pâââtes » avec elle. Je crois qu’elle est fière de ses origines italiennes. En tout cas, elle a le sens de l’hospitalité. Elle n’a pas grand chose Pascale mais ce qu’elle a, elle le partage toujours de bon coeur.

Déception. La formation – en dehors des cours d’anglais – ne me plaît pas du tout. Je m’y ennuie fermement. Rechercher des vols sur un écran ne m’enthousiasme pas et la perspective de passer mes journées derrière un bureau encore moins ! Il y a une grande différence entre aimer voyager et organiser des plans de vol ! C’est décidé, j’irai jusqu’au bout de la formation mais je n’irai pas plus loin… Au grand dam de mes formateurs qui me trouvent pourtant bonne élève. Pascale, quant à elle, s’accroche. Elle est aussi une bonne élève. Elle se distingue souvent par ses interventions judicieuses en anglais. « Je veux réussir par moi-même et me prouver que je suis capable de faire quelque chose sans l’aide de mes parents ni de qui que ce soit » me confie-t-elle. Elle affiche une motivation, une détermination et une persévérance  inébranlables ! Je suis admirative ! Elle décide même de faire son stage en entreprise sur Paris pour se donner davantage de chance de réussir. Pourtant, elle ne connaît personne dans la capitale et il va falloir qu’elle se débrouille pour trouver un hébergement et une agence de voyage. Elle réussira tout ça ! Mais, tout comme moi, elle s’ennuie aussi par ailleurs lors de certains cours. Alors, elle nous suggère de faire l’école buissonnière… à trois !  « C’est bien lui dis-je  mais quand même trois personnes manquantes aux cours, ça ne peut que se remarquer et susciter des interrogations ! » Qu’à cela ne tienne ! L’une aura un rendez-vous chez un médecin, l’autre ne se sentira pas bien et la troisième aura un rendez-vous pour son fils… Elle ne manque pas d’imagination notre Pascale !  Et comme Valérie est toujours prête à lever l’ancre parce qu’elle rêve toujours « d’Ailleurs », nous nous échappons ! Pour avoir souvent séché les cours lorsque j’étais lycéenne, je m’étais pourtant promis de ne plus jamais faire l’école buissonnière… Mais Pascale a du leadership en elle…

Finalement, nous nous entendons très bien toutes les deux, avons les mêmes goûts. Souvent, après les cours, nous allons, à la nuit tombée, nous balader  dans la Cité. Il se dégage une atmosphère toute particulière qui nous séduit. Nous en faisons une à deux fois le tour sans jamais nous lasser. Je la fais rire parce que je touche souvent les pierres en m’y attardant. « Pourquoi fais-tu ça me demande-t-elle ? » « Parce que j’ai envie de capter leurs vibrations, leurs forces…  » lui dis-je. Oui, je sais, je suis un peu allumée mais je suis bretonne et j’aime les pierres et les rochers – j’ai grandi avec eux. Nous parlons de tout, échangeons nos points de vue sur les choses de la vie et tombons d’accord sur le fait que la vie n’est pas facile et qu’il faut donner une chance aux enfants pauvres, maltraités ou malades de prendre un bon départ dans l’existence. Je lui dis souvent que si j’avais de l’argent j’aimerais bâtir un établissement pour enfants en difficulté. Ce sont eux qui prendront la relève et feront le monde de demain… Mais je ne suis pas fortunée, alors ce rêve reste à l’état de rêve. N’empêche, j’y pense ! J’ai vu quelques reportages sur des personnes qui s’investissent afin d’aider des enfants lesquels, sans aide, seraient condamnés à l’extrême pauvreté matérielle et intellectuelle. Deux reportages m’ont particulièrement touchée : une jeune  française partie vivre aux Philippines pour tenter de sortir des petites filles de la prostitution et d’abus sexuels et un jeune homme investi d’une mission similaire au Cambodge. Impossible d’oublier ! Quelle grandeur d’âme !

Mais retour à CARCASSONNE. Les mois s’écoulent. Nous obtenons toutes les trois de bons résultats à notre examen. Quelques temps après, Valérie partira vivre avec le papa de son fils aux Seychelles où je perdrai définitivement sa trace, Pascale finira par décrocher un poste dans la plus grosse agence de voyages du Havre ! Pari gagné ma Pascalinette. Quant à moi-même, je m’orienterai vers un tout autre secteur professionnel.

Un jour, Pascale m’apprend qu’elle a un problème de santé. Je ne peux pas imaginer qu’il s’agisse de quelque chose de grave. A  36 ans, belle et intelligente comme elle l’est,  je me dis qu’elle a toute la vie devant elle. Pourtant, j’apprendrai vite que sa maladie porte le sale nom de cancer… J’ai mal. Je crie à l’injustice. Je ne comprends rien à la vie. D’ailleurs, la vie n’a pas le droit de m’enlever mes amis. Ils sont ma fierté et tout ce que j’ai de plus cher. Les années passent, la maladie évolue. Digne ma Pascale ! Alors que je l’ai au téléphone et que je la sens très fatiguée, elle me dit : « Corinne, je serai toujours disponible pour toi ». Ses mots me touchent parce que je la sais sincère ma Pascalinette. Elle me prie de venir la voir au Havre, elle veut me revoir. Comment te dire ma Pascalinette que je ne peux pas me libérer, happée par ma vie professionnelle et toutes les charges que j’ai par ailleurs ! Pourtant, ce n’est pas l’envie qui m’en manque. « En février 2012, j’irai à Lourdes avec mes parents » m’annonce t-elle. Nous convenons que lorsqu’elle passera à proximité de chez moi, j’irai la rejoindre pour la voir – ne serait-ce que quelques instants. Mais hélas, la vie ne nous offrira jamais cette opportunité. Elle nous quitte le 2 janvier 2012.  Je ne crois pas en Dieu ni en la réincarnation mais je crois tout de même qu’il existe une autre dimension et que l’âme survit à notre passage sur terre. D’ailleurs, dans les jours qui ont suivi le décès de Pascale, quelque chose, comme un fort pressentiment, m’a fait savoir que ce n’est que le début de notre amitié et qu’elle se poursuivra… La famille de Pascale reste en contact avec moi. Cela me touche profondément. Je découvre  une famille adorable, généreuse, déterminée à oeuvrer pour préserver la mémoire de leur « princesse » et pour mener à bien les projets que le temps n’aura pas permis à Pascale de réaliser. Le 10 octobre 2012, grâce aux dons recueillis, l’Association « Enfance-Pascale » créée par la famille DELLA RAGIONE, inaugure un premier puits dans un village du Bénin. Des enfants pourront ainsi vivre avec une meilleure hygiène de vie. Et la vie sera facilitée pour toute une population. Ce n’est que le début d’une grande aventure qui doit se poursuivre.

Merci à Pascale, merci à sa famille, merci aux donateurs. Il faut continuer ! Ce ne sont peut-être que quelques gouttes d’eau dans un océan mais ce sont des gouttes d’eau qui viennent alimenter l’océan d’amour et de partage qui unit tous les Hommes. Alors si vous voulez, vous aussi, vous joindre à l’Association « Enfance-Pascale », n’hésitez pas : par votre contribution, vous aiderez à rendre meilleur l’avenir d’enfants. Plus nous serons nombreux à nous mobiliser, plus les actions seront percutantes. Rien au monde n’est plus beau que le sourire retrouvé d’un enfant.

ÎLE DE SEIN : MON PELERINAGE A L’ÎLE DU BOUT DU MONDE


4 photos de l'île de Sein - RICHARDDIPLÔME MEDAILLE D'ARGENT ILE DE SEINDIPLÖME ESPAGNOL ILE DE SEIN
Sur les photos prises dans les années 60, de haut en bas : Lec et son fils Gérard RICHARD avec ma marraine Jacqueline LE BRETON,
Ma marraine jouant de l’accordéon sur la jetée entourée des Sénans,
Mon frère Patrick et moi-même (3 et 2 ans)
Mon père à bord de son bateau « Les X Pirates »
L’ÎLE DE SEIN : UN RETOUR AUX SOURCES
5 juin 2010- 9h30 – AUDIERNE – EMBARQUEMENT POUR L’ÎLE DE SEIN
– Bonjour Madame, je voudrais deux billets aller-retour dans la journée pour des adultes.
– Vous avez réservé ?
– Non
– Alors je suis obligée de vous mettre sur liste d’attente.
L’hôtesse prend mon nom et m’informe que je serai appelée dès que tous les passagers enregistrés auront pris leur billet.
Zut, ça commence bien ! Henri qui était jusque là en communication téléphonique me rejoint.
– Alors ? interroge-t-il.
Je lui explique la situation. Il remarque ma mine déconfite. Je vois avec stupeur la liste des voyageurs qui n’en finit pas de s’allonger au fur et à mesure que l’hôtesse délivre les billets. Combien de passagers l’Enez Sun peut-il transporter ? Je n’en ai aucune idée. Il ne me paraît pas très grand vu de loin… Comme pour conjurer le sort malgré mon inquiétude du moment, j’essaie de me convaincre que si nous restons à quai, ce sera sans regret car hier soir, lorsque nous sommes arrivés à Audierne, les bureaux étaient fermés.
En grande philosophe, je songe déjà à ce que nous ferons si nous ne pouvons pas embarquer.
– si l’on ne peut pas partir aujourd’hui, ne t’inquiète pas, on remet cela à demain.
Henri, parfaitement serein, tente de me rassurer. Ce qui me fait plaisir c’est qu’il semble, malgré tout, lui aussi, tenir à y aller.
Une dame qui se trouve dans la même situation d’attente que nous se permet de demander au guichetier si elle a encore un espoir d’être du voyage. L’homme affiche une mimique qui induit une part de doute. Aucune réponse précise ne vient conforter la visiteuse dans son souhait de s’entendre répondre « oui ». Il nous faudra attendre le passage du dernier client pour enfin savourer la bonne nouvelle : nous embarquons tous les trois ! Ouf !
Je suis pleinement heureuse. La dernière fois que je suis allée sur l’île de Sein je devais avoir 11 ans. Autant dire que cela fait 36 ans que je n’ai pas foulé le sol sénan mais je reste profondément nourrie d’histoires familiales et de films pris par mon père et visionnés des milliers de fois.
Nous sommes samedi. L’Enez Sun est chargé. A bord, l’on peut facilement distinguer les habitués de la traversée des touristes. Ces derniers sont munis d’appareil photo ou de caméra et mitraillent à tout va le paysage. De jeunes sénans rentrent chez eux pour le week-end. Et, au milieu de toute cette mini-marée humaine, il y a un groupe de touristes encadré par une accompagnatrice.
Le paysage qui défile est absolument magnifique d’autant plus qu’il fait beau et que l’horizon est bien dégagé. Nous longeons la pointe du Raz. Sauvage et majestueuse elle dévoile partiellement sont épine dorsale crénelée et ses belles aspérités, puis nous la dépassons. Quelques rocs émergés la prolongent dans un alignement presque parfait tels des offrandes faites à l’océan. Un peu plus loin, le phare de la Vieille, posé là en bonne sentinelle tutélaire, veille sur le Raz de Sein.
Mon coeur commence à battre plus fort tandis que j’aperçois les premières maisons colorées de l’île de Sein. Assurément, je dois être, aujourd’hui, la passagère la plus émue de cette traversée ! Et plus nous nous rapprochons, plus mon émoi est grand !
Enfin nous débarquons après tout de même une bonne heure de navigation. J’hume l’air salin chargé de l’odeur des algues. Cela réveille en moi des souvenirs d’enfance : grands espaces, courses sur les rochers, ramassage des coquillages…
Mon émotion est à son comble tandis que j’éprouve déjà une impression de connaissance en même temps que de reconnaissance des lieux. Un étrange et doux mélange de déjà vécu et de découverte s’entremêle dans mon esprit.
Je propose d’emblée à Henri de partir à la découverte de la maison dans laquelle j’ai fait mes premiers pas dans la vie. Il se doutait déjà de mon intention. Je n’ai pas à aller bien loin pour la trouver car je sais qu’elle est proche du local de la SNSM. Au passage, j’apprécie les façades colorées des maisons qui semblent se tenir les unes aux autres dans un esprit de fraternité et d’entraide. Rien – hormis un restaurant en plus – ne semble avoir changé. Le quai des Paimpolais reste fidèle à lui même.
Nous arrivons devant une maison hiératique mais en piteux état. La façade est décrépie, il manque un pan de volet à une fenêtre et le portail affiche un sacré aspect ruiniforme ! Manifestement, elle n’est plus habitée depuis longtemps. Mon Dieu ! Est-ce possible que ce soit là la maison qui nous a abrités durant plusieurs années ?! Sur la droite une autre maison aux volets bleus la jouxte. Elle est en bien meilleur état. Je me dis, dans un ultime refus de voir la réalité en face que ce doit être plutôt celle-là… Elle porte le numéro 29. J’appelle ma mère. Après tout, elle saura mieux que quiconque me décrire l’habitation.
Las ! Après renseignement et au dire de mes explications, elle me confirme qu’il s’agit de la maison qui se meurt  tout doucement et en silence. Elle me parle d’une réserve d’eau qui se trouve sur la gauche quand on est face à la maison, d’un haut portail, d’un étage à trois fenêtres… Force est d’admettre que ces détails correspondent point par point à ce que nous voyons. J’ai envie de pleurer.
Passe alors un monsieur. Je lui demande s’il est natif de l’île. Il me répond que oui.
– Pouvez-vous me dire s’il s’agit bien là des anciennes « Affaires Maritimes » ?
– Oui, m’assure-t-il.
– Mais pourquoi cette maison est-elle laissée à l’abandon ?
– Oh ! me dit-il, c’est une histoire bien compliquée. Elle appartient en partie à la commune et en partie au Conseil Général. Et personne ne semble capable de pouvoir se mettre d’accord pour en faire quelque chose.
Ma tristesse est grande, incommensurable. Un sentiment de révolte, de chagrin et d’incompréhension gronde in petto.
Nous décidons d’entrer sur la propriété. Henri passe le premier. Le portail n’est pas fermé à clé. Quand bien même le serait-il qu’il ne serait d’aucune efficacité. Une grande boîte aux lettres – ou du moins ce qu’il en reste – fait de la résistance malgré les assauts du temps qui ne l’ont pas épargnée. Dire qu’elle a sans doute contenu notre courrier ! Je prends quelques photos en tout sens pour les montrer à ma petite maman. Puis, résignée, je ressors et m’assois sur le muret, juste en face, pour contempler ce qui représente, à mes yeux, un bien grand désastre.
Un groupe de touristes qui était sur le bateau avec nous passe. J’entends un homme s’exclamer sur le ton de l’ironie :
– Tiens, en voilà d’une belle maison !
Je me vexe. Je peux parfois être très stupide et susceptible en certaines circonstances. J’interpelle le monsieur  en question fondu dans le groupe. Je ne peux m’empêcher de lui raconter – à lui et à qui veut bien m’écouter et m’entendre – l’histoire que je connais de cette demeure. En fait, j’ai simplement envie de demander à ces touristes d’excuser cette maison d’être si mal empoint, de leur faire savoir qu’elle n’est pas responsable de son état et qu’elle mérite plutôt quelques égards… Combien de fois mon père s’est-il levé, en pleine nuit, pour aller, avec l’équipe du moment, secourir des hommes de la mer en difficulté ?
Une dame m’écoute avec beaucoup d’attention. Elle semble bien sincèrement partager ma peine et me narre, à son tour, l’histoire d’une maison qui se trouve sur l’île, qui a fait l’objet d’un héritage et qui, paraît-il, a été partagée en deux par les héritiers (deux frères) qui ne s’entendaient pas du tout. Chacun y est allé de son style très opposé…
Ce premier bout de chemin parcouru dans cette quête d’un retour aux sources, je décide de partir sur les traces de Charlotte et Jean-Philippe Fouquet. Charlotte me gardait lorsque ma mère n’était pas disponible pour s’occuper de moi.
Nous nous baladons dans les venelles de l’île. Certaines ruelles sont franchement très très étroites ! Pratiquement tous les petits carrés de terrain attenants aux maisons et entourés d’un muret se révèlent être une moisson de couleurs d’où jaillissent une multitude de fleurs toutes aussi jolies les unes que les autres. C’est d’un charme inouï !
Nous arrivons au cimetière. Je cherche la tombe de Charlotte et de Jean-Philippe mais y renonce pour deux raisons. La première, c’est que les tombes sont trop nombreuses. La deuxième, c’est que je supporte très mal de voir inscrite sur les pierres tombales la durée de vie si courte pour nombre de Sénans. J’imagine alors les difficultés de vivre sur un petit bout de terre accroché aux caprices de la mer. Combien de Sénans – enfants et adultes confondus – sont morts de n’avoir pu être soignés à temps et convenablement ? Combien de marins sont morts, disparus en mer ? Eu égard à ces considérations, je ne souhaite plus m’attarder en ce lieu.
J’aperçois une femme qui se tient à l’entrée du cimetière. Je lui demande si elle serait en mesure de me donner quelques indications sur Charlotte et son mari. Elle m’explique qu’elle n’est pas îlienne, qu’elle vit sur l’île depuis 5 ans tout juste mais que je peux, en revanche, aller voir Julie qui habite à côté de l’épicerie en construction.
Nous voilà en route… Zut ! La dame ne nous a pas précisé le numéro de l’habitation. Nous hélons deux hommes dont les effluves nous font penser qu’ils sortent tout droit du bar. Très gentiment, ils nous conduisent devant le portail de la dame en question. Un homme nous précède qui entre dans la maison. Nous lui emboîtons le pas. Et Julie apparaît. Je lui explique le but de notre visite tout en m’excusant de l’importuner. Elle me dit que Charlotte et Jean-Philippe sont décédés depuis longtemps, qu’ils n’avaient pas d’enfant. Je me demande si elle ou son mari se souviennent de mes parents. En ce qui la concerne pas mais elle s’empresse d’appeler son mari. Oui ! Il dit qu’il se souvient très bien de mon père (Jean-Max GAYRAUD dit p’tit Jean).
– C’était une équipe de jeunes me dit-il. Les équipes de la SNSM ont été renouvelées bien des fois depuis ! ajoute-t-il songeur.
Je n’en saurai pas plus. N’empêche, il ne m’en faut pas davantage pour être contente. Quelqu’un se souvient qu’un jour, nous avons séjourné sur l’île ! C’est idiot mais cela suffit à satisfaire ma soif de reconstituer un passé définitivement révolu. La boucle est bouclée, comme l’on dit. Nous prenons congé de Julie et de son mari après leur avoir offert une poignée de main vigoureuse en signe de sympathie et de reconnaissance.
Henri et moi-même poursuivons notre excursion de l’île. J’ai envie de tout voir, de tout sentir. Cette île est magnifique de bout en bout. Il faut dire que nous avons le privilège de la voir sous de beaux cieux. Elle se prête parfaitement à la promenade à pied. Nous faisons très attention à bien marcher dans les sentiers afin d’éviter d’abîmer la lande. La faune et la flore sont très riches ici et nous nous émerveillons de voir, entre autres, de beaux oiseaux dont certains s’envolent presque sous nos pas au fur et à mesure que nous avançons. Je prends quelques photos qui viendront agrémenter l’album de ce blog intitulé « une vie au fil de l’eau ». Il y a des parallèles étonnants à faire avec les photos anciennes de l’île de Sein qui datent des années 60…
Nous nous trouvons à la pointe, près de l’Amer,  après être passés devant l’adorable chapelle Saint-Corentin (une reconstitution remarquable !) et décidons de pique-niquer sur place, les pieds pratiquement dans l’eau. Je ne me prive pas de courir sur les rochers comme je le faisais étant gamine. Il y a des plaisirs renouvelés qui ne prennent pas une ride malgré l’avancée en âge ! Quel dommage de ne pas pouvoir déguster les grosses berniques qui exhibent sans crainte leur coquille en forme de chapeau chinois, certaines que personne ne viendra les ramasser en ces lieux à cette heure-ci ! Elles ont de la chance que je n’habite pas sur place !
Notre frugal repas terminé, nous retournons tranquillement vers le port par la lunule de galets blancs. Nous désirons boire un café.
Arrivés sur le quai,un événement un peu particulier et inattendu nous surprend agréablement. Un groupe de musiciens et de chanteurs originaire de Locronan a choisi d’établir ses quartiers sur l’île de Sein pour ses libations de « fin d’année ». Il nous offre généreusement d’écouter un ensemble de chansons bretonnes.
Cela me rappelle l’époque où mon parrain et ma marraine jouaient de l’accordéon sur ce même quai ! C’est étonnant de vivre quelque chose de similaire tant d’années après ! Car j’imagine que cela ne doit pas se produire tous les jours, ici.
Sans doute trop à l’étroit dans la cour du restaurant où ils répètent, nos joyeux lurons finissent par investir le quai des Paimpolais à grands coups de chants, d’accordéon, de guitare, de flûte et de pas de danse cadencés entraînant dans la foulée quelques touristes téméraires. L’ambiance est festive ! Cet intermède est pour moi un beau cadeau de la vie en ce jour exceptionnel à bien des égards.
L’heure du départ arrive et c’est avec un gros pincement au coeur que nous embarquons pour Audierne. L’un comme l’autre, nous aurions volontiers prolongé notre séjour sur l’île. Y reviendrai-je un jour ? En tout cas, l’île de Sein reste une jolie petite broche durablement accrochée aux vaisseaux de mon coeur.
Une fois rentrée chez moi, j’organise une séance photos pour ma petite maman. Je guette évidemment toutes ses réactions. Elle pousse un cri d’effroi en voyant l’état de la maison. J’imagine bien ce qu’elle peut ressentir… Elle reconnaît évidemment les lieux et m’explique tout dans le détail.
– tu vois me dit-elle, à la place de l’herbe, de chaque côté de l’allée, ton père cultivait un jardin qui nous permettait de manger des légumes frais. Parfois, lorsque nous manquions d’eau, un bateau équipé d’un long tuyau venait remplir le réservoir.
Je profite de ce moment privilégié pour lui poser plein de questions. Comment vivait-elle là-bas, elle qui est une pure bretonne issue de la campagne ? La vie au quotidien était-elle difficile pour elle ? Ses contacts avec la population étaient-ils nombreux et cordiaux ?
Je m’attends à ce qu’elle me parle de difficultés d’intégration… Mais au lieu de cela, je suis surprise de l’entendre me dire :
– la vie n’était pas si difficile que ça, je m’y suis bien adaptée et nous avions quelques ami(e)s. J’avais particulièrement sympathisé avec Charlotte et Jean-Philippe,  l’épicière, le commandant de l’Enez Sun (impossible pour elle de se souvenir du nom) qui s’était retiré sur le continent mais n’avait pas supporté cet exil et était revenu  vivre sur l’île.  Et enfin, l’institutrice qui était en poste à ce moment là, une jeune fille de 25 ans environ qui se prénommait Montserrat.
Montserrat ? Ah oui ! Cela me dit quelque chose. Je suis très conservatrice et possède, dans mes archives familiales, quelques cartes postales que cette jeune fille ne manquait jamais de m’envoyer pour mon anniversaire ou pour toute autre occasion alors même que je n’étais qu’un bébé.
Je pense aux films en 8 mm que nous possédons : de vieilles bandes chacunes protégées par un boîtier sur lequel on peut lire : « tempête sur l’île de Sein », « Visite au phare d‘Ar-Men » (on y accédait grâce à un ingénieux système, une sorte de trapèze suspendu à des câbles sur lequel la personne s’asseyait ; ensuite la personne était remontée tout doucement jusqu’au haut du phare où elle était accueillie par le gardien), « Sortie en mer »… Un trésor qu’il convient de garder car avec le temps ces films sont devenus de précieuses archives.
J’invite tous les amoureux de l’île de Sein à se rendre sur le site créé par Monsieur Ronan FOLLIC :
Et également son autre site à partir de Google : Peut-on réunir 2000 Sénans et amoureux de l’île de Sein ? A vous de jouer !!!

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